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La graphologie

 

Contenu

 

I.       La graphologie est-elle une science ?. 1  

II.      La graphologie est-elle une technique ?. 2  

III.         Les praticiens graphologues sont-ils « psychologues » ?. 3  

IV.         La graphologie est-elle illégale ?. 4

V.      A quoi sert la graphologie en recrutement ?. 5

VI.         Est-ce une bonne idée d’utiliser la graphologie en bilan professionnel ?. 5

VII.        Alors pourquoi fait-on encore de la graphologie en France ?. 5

 

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I.                    La graphologie est-elle une science ? 

 

Pour être qualifiée de science – même humaine (appelée aussi « molle ») une modélisation doit s’appuyer sur une étude statistique large et fiable.

 

a.       Etudes statistiques

Une méta-analyse (analyse de différentes études passées) a été réalisée par Geoffrey Dean. Elle a traité 107 études, effectuées de 1905 à 1991. Plus de 6000 échantillons d’écriture ont été examinés par quelque 200 graphologues et 600 non graphologues et l’on a abouti à un coefficient de corrélation (minimum 0 maximum 1) extrêmement faible, 0.12, entre la prédiction du graphologue et par exemple la réussite professionnelle.

 

Bayne et O'Neill (1988) demandèrent à des graphologues d'estimer le type psychologique Myers-Briggs de personnes (extraverti-introverti, sensible-intuitif, rationnel-émotionnel, jugement-perception) à partir d'échantillons d'écriture. Bien que très confiants dans leurs jugements, aucune des estimations des graphologues ne fut capable de prédire avec précision les profils Myers-Briggs des écrivains (plus d'informations sur la typologie jungienne ici).

 

Les résultats de la recherche étudiant la validité de la graphologie, pour ce qui est de prédire des performances professionnelles, ont toutes été autant négatives (Ben-Shakhar, Bar-Hillel, Bilu, Ben-Abba & Flug, 1986; Rafaeli & Klimoski, 1983)

 

D’autres études (Tett & Palmer, 1997 ; Furnham, Chamorro-Premuzic & Callahan, 2003) confirment l’indépendance entre les variables graphologiques et la personnalité des scripteurs.

 

Selon le graphologue Stein Lewinson (1991), la graphologie devrait être considérée comme une technique projective. Ainsi l’étude de Benjamin Thiry (2008), a visé à rapprocher les variables graphologiques françaises de l’épreuve projective la plus utilisée dans le monde, le test de Rorschach. A nouveau, les résultats ne permettent pas de soutenir la véracité des interprétations graphologiques.

 

Conclusion : Toutes les études sérieuses montrent l’absence de corrélation et de constance des analyses graphologiques.


 

b. Fondements

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L’abbé Jean Hippolyte Michon (1806-1881) créa le terme de graphologie et fonda, en 1871, la Société de graphologie. Selon lui il existe une stricte correspondance entre les signes graphiques et les traits psychologiques, un trait psychologique se manifeste toujours par le même signe.  Michon voyait dans cette fixité “ le point capital de la graphologie ”. Selon l’Abbé Michon il y a  129 signes associés chacun à un trait psychologique.

 

 

 

 

 

 

 

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Jean Crépieux-Jamin (1858-1940) est la référence principale des graphologues français actuels. Ainsi pour Crépieux-Jamin il n’y a pas de signe fixe et un même signe peut avoir des significations différentes. Il référence toute de même 175 signes,  en sept configurations, qu’il nomme espèces  Ces signes doivent être d’abord appréhendé comme un tout et c’est cette impression initiale qui oriente l’interprétation des signes.

“ l’harmonie de l’écriture [qui] est faite de ses proportions heureuses, de sa clarté, de l’accord

 entre toutes ses parties. Les tracés simples, sobres et aisés précisent toute sa valeur ”.

 

 

 

 

Conclusion : C’est donc l’intuition du graphologue, basé sur le sens commun, qui domine toute sa démarche.

 

Lascar & de Villeneuve (2008) défendent toujours la pertinence de cette loi d’analogie.

 

De plus les graphologues donnent des avis divergeant sur une même écriture s'ils appartiennent à des courants graphologiques différents : école des traits, école gestaltiste, graphoanalyse.

 

Conclusion :

La graphologie est une évaluation empirique. Elle ne repose sur aucune étude statistique probante mettant en relation les caractéristiques de l'écriture avec certains comportements ou certaines dimensions de la personnalité. Il ne peut donc s'agir d'une science.

 

 

II.                  La graphologie est-elle une technique ? 

 

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Une technique est une méthodologie qui, une fois maitrisée par un/e technicien/e, est complètement reproductible, intangible, c'est-à-dire qu’elle est invariante et à ce titre non interprétable.

 

Ors les praticiens revendiquent eux-mêmes  une compétence pour l’interprétation des écrits, des résultats.

 

Bunker rédigea un dictionnaire des signes spécifiques et leurs corrélations avec la personnalité : "orgueil : une barre du "d" haute, la barre du "t" non verticale." (Bunker 1971).

 

Selon Rosen (1965) il y a 16 facteurs, incluant des facteurs graphiques comme l'inclinaison, l'espace et la taille des lettres, aussi bien que d'autres caractéristiques plus globales comme "le rythme" ou bien "le tempo".

 

Sheila Kurtz, graphologue, utilise des signes comme l'inclinaison, la pression et la formation des "t" pour créer un "profil graphologique" du sujet qui révélera, entre autres choses, son type de pensée, ses buts, ses craintes ou peurs, ses défenses, ses traits de moralité et sociaux. (Kurtz & Marilyn 1983)

 

Conclusion :

Les écoles sont différentes, l’interprétation subjective, la graphologie ne peut donc pas être taxée de technique.

 

 

III.                Les praticiens graphologues sont-ils « psychologues » ? 

 

Ne s’agirait-il pas que de « fins psychologues », tout simplement ?

Pourquoi se prévaloir alors d’une science particulière, ou pour le moins d’une technique, si l’on demande au graphologue d’interpréter ?

Si on demande d’interpréter, sur quelles bases se fondent ses analyses ?

Les courants de pensée en psychologie reconnaissent-ils la graphologie ? Non

 

 

a.       Des graphologues psychologues

S’il faut être psychologue pour être graphologue (ce qui n’est absolument pas le cas selon les centres de formation en graphologie, qui demande souvent une « connaissance » particulière sans la préciser réellement ou de justifier d’un bac plus deux), qu’en est-il de la déontologie ? L’absence de preuves solides de la validité de la graphologie pose en effet une question d’ordre déontologique.

 

 

Les articles 5 et 18 du code de déontologie des psychologues praticiens français stipulent que :

Titre I, article 5 relatif à la Qualité scientifique :

Les modes d’intervention choisis par le psychologue doivent pouvoir faire l’objet d’une explicitation raisonnée de leurs fondements théoriques et de leur construction. Toute évaluation ou tout résultat doit pouvoir faire l’objet d’un débat contradictoire des professionnels entre eux.

 

Chapitre III, article 18 :

Les techniques utilisées par le psychologue pour l’évaluation, à des fins directes de diagnostic, d’orientation ou de sélection, doivent avoir été scientifiquement validées. (Société Française de Psychologie, 2008)

 

 

b.      Quel est le profil et la formation des graphologues

Une formation de Graphologue ne dépasse pas 365 heures (pour devenir expert), soit neuf semaines d'études à raison de 40 heures par semaine (210h pour la Société Française de Graphologie). Une trentaine d’heures seulement sont dévolues à la psychologie au sens large (Freud, Jung, Le Senne)

 

 

IV.                La graphologie est-elle illégale ? 

 

a.       Panorama

Certains pays ont interdit purement et simplement la graphologie

D’autres pays, sans aller jusqu’à interdire cette pratique, n’utilisent pas la graphologie, la considérant comme inefficace.

 

·         Aux Pays-Bas, depuis les travaux d'une commission d'enquête gouvernementale en 1977, concluant au manque de validité scientifique, elle n'est plus utilisée que par 3 % des cabinets de recrutement

·         Au Royaume-Uni et en Norvège, elle n'intervient que dans 2,9 % et 2 % des procédures d'embauche...

·         En Espagne, elle n'est quasiment jamais utilisée.

·         Seuls les Belges et les Italiens l'utilisent, mais de façon marginale.

·         Aux États-Unis et au Canada, il est d'usage de répondre à une offre d'emploi par une lettre dactylographiée.

·         Ni les Asiatiques, ni les Arabes, n'ont développé de recherche sérieuse dans ce domaine.

Source : http://www.zetetique.ldh.org/recrut.html

 

En France, la majorité des consultants sérieux, praticiens en Ressources Humaines et psychologues considèrent que la graphologie n’est pas fiable.

 

 

b.      Dans le cadre du recrutement,

 

L’utilisation de la graphologie est tolérée par le formulaire de documentation NF 50-767 Cabinets de conseil en recrutement - Qualité de services, qui précise que l’utilisation de « l’étude graphologique ne peut constituer le critère principal sur lequel le cabinet (ou recruteur) fonde son évaluation ».

 

« La validité scientifique de ces méthodes de recrutement est douteuse. En outre, elles tendent à une recherche sur la personnalité du candidat et non sur ses aptitudes professionnelles. La personne qui s’estime lésée par de tels procédés peut saisir le juge. Tel est le cas si l’analyse graphologique ou astrologique, réalisée à l’insu du candidat, fonde le refus de l’employeur de l’embaucher. » Source : http://www.travail-emploi-sante.gouv.fr

 

Ne s’appuyant sur aucune étude statistique valide, l’utilisation de la graphologie dans le recrutement peut même être considérée comme illégale selon l’article L121-7 du code du travail inséré par loi n° 92-1446 du 31 décembre 1992 art. 26 Journal Officiel du 1er janvier 1993 :

« Les méthodes et techniques d’aide au recrutement ou d’évaluation des salariés et des candidats à un emploi doivent être pertinentes au regard de la finalité poursuivie. »

 

Conclusion :

Utiliser la graphologie, en France, pour fonder sa décision représente un risque juridique important pour l'employeur.

 

 

V.                  A quoi sert la graphologie en recrutement ? 

 

Le recours à la graphologie, lors de cette sélection, est surtout important en Europe, plus particulièrement en France, où le pourcentage estimé de son utilisation varierait entre 38% (Shackleton & Newel, 1994) et 93% (Bruchon-Schweitzer & Ferrieux, 1991). 95% des cabinets de recrutements français utilisent la graphologie (étude de 1999 portant sur 69 cabinets de recrutements).

 

L’analyse graphologique d’une candidature se réalise au regard d’un profil de poste.

Problèmes :

·         - Les définitions de poste sont bien souvent mal rédigées, en particulier lorsqu’il s’agit de présenter les compétences en savoir-être.

·         - Afin d’éviter les  biais, l’analyse doit se faire sans idée préconçue (cf. effet de halo)

Ainsi, si la graphologie était une véritable technique fiable, le profil ne poste ne devrait pas être transmis au graphologue pour ne pas orienter son jugement.

 

Et qu'en est-il des problématiques proprement culturelles en ces temps de mondialisation. En effet la conformité sociale fait que l'on a tendance à integrer des caractéristiques, dans sa graphie, propre à son environnement : plus ronde, plus anguleuse. Ainsi il faudrait connaître l'origine du scripteur poua adapter son analyse. d'une part cela signifie que le graphologue maitrise toutes les subtilités culturelles des différents pays, ce qui est pour le moin ardue, d'autre part cela implique de connaitre la nationalité / l'origine d'un candidat, ce qui est discriminatoire ...

 

 

Conclusion (personnelle) : je me le demande encore !

 

 

VI.                Est-ce une bonne idée d’utiliser la graphologie en bilan professionnel ? 

 

J’ai vu, sur viadeo un post vantant les mérites d’une analyse graphologique pour le bilan professionnel. Quel est l’intérêt ? A part bien évidemment se positionner sur un marché … Utiliser un ou plutôt plusieurs questionnaires de personnalité (me) semblent bien plus pertinent (honnête ?)

 

Quid des cabinets qui ne font que de la graphologie ?

 

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VII.              Alors pourquoi fait-on encore de la graphologie en France ? 

 

·        - Se prévaloir d’outils pour « externaliser » la prise de risque 

          - Se rassurer

·          - Plus facile d’y avoir recours, que d’avoir recours à un consultant

·          - Des schémas de pensée partagés

Selon Michel Huteau*, la graphologie est le prolongement de l’impression immédiate que tout un chacun éprouve devant un échantillon d’écriture. Graphologues et non graphologues utilisent donc les mêmes schémas de pensée fondés sur l’impression générale et sur des correspondances analogiques.

·           - On s’y retrouve !

Phineas T. Barnum était un célèbre directeur de cirque et organisateur de spectacles américain du XIXe siècle.  Devenu  multimillionnaire, il attribuait son succès au fait que chez lui “ il y avait quelque chose pour chacun ”.  On appelle ce concept « l’effet Barnum »

 

 

Conclusion Générale:

Vous l'aurez compris, la graphologie n'étant ni une science ni une technique, je ne l'utilise absolumment pas dans le cadre privé ni évidemment en tant qu'indépendant, au sein de triakt (créateurs et TPE), pour Fons Valo Job  (étudiants) et à SOI Conseil et Formation (FPT).

 

 

* Michel Huteau Écriture et Personnalité. Approche critique de la graphologie (Paris, Dunod, 2004, 260 p.)

Tag(s) : #Mesurer la compétence